10.05.16 – 20MIN

Une loi difficile à avaler pour les buvettes

Les milieux associatifs culturels s'inquiètent des dispositions de la nouvelle loi sur les débits de boisson. En cause: des exigences peu adaptées à la nature de leurs activités.

«On a l'impression d'être les dindons de la farce»: Matthias Solenthaler, président du Grand Conseil de la Nuit, n’a pas caché mardi l’agacement ressenti par les milieux associatifs genevois face à la nouvelle loi sur la restauration, le débit de boissons, l'hébergement et le divertissement (LRDBHD), entrée en vigueur le 1er janvier 2016. Celle-ci et son règlement d'application leur imposent en effet des exigences qui ne correspondent pas à leurs activités, dénoncent-ils.

Brevet partiel

Pour s'occuper d’une buvette dans un lieu culturel, son exploitant est par exemple tenu de suivre des cours qui correspondent à onze modules sur les treize que comporte le brevet de cafetier, sans compter les frais qui y sont liés. Impossible, estiment les milieux associatifs qui, pour beaucoup d’entre eux, fonctionnent sur un mode de tournus, assuré par des bénévoles ou des étudiants. Par ailleurs, les horaires imposés, qui correspondent à ceux d’un bar lambda, sont trop restreints, jugent également les associations. Certaines d’entre elles proposent des événements destinés aux noctambules et ne peuvent de fait pas fermer leurs portes à deux heures du matin le week-end, par exemple. Autre point de discorde: la présence obligatoire du responsable de la buvette pendant au minimum quinze heures par semaine. Une exigence que ne peuvent remplir, par exemple, les théâtres qui proposent un rafraîchissement avant et après leurs spectacles.

Problèmes déjà signalés

«Nous avions identifié ces problèmes et prévenu les autorités il y a trois ans déjà (lors de la mise en consultation du projet de loi, ndlr), explique Matthias Solenthaler. Et nous nous retrouvons exactement là où nous avions dit craindre de nous retrouver.» En conséquence, une quinzaine d’associations culturelles, réunies sous l'intitulé Plateforme LRDBHD, ont annoncé qu'elles ne respecteront pas le délai de mise en conformité avec la nouvelle loi, échu au 30 juin. Elles réclament à l'Etat une prolongation du délai transitoire jusqu'au 31 décembre et souhaitent être entendues par les autorités à propos de leurs doléances. Des courriers en ce sens ont ou vont être envoyés, respectivement au conseil administratif de la Ville de Genève et au Conseil d’Etat.

Par Léonard Boissonnas